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– Spécial théories d'écriture Web –
   Jean-Marc Hardy

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++ Le corps du texte ++
Lettre mensuelle sur l'écriture Web

No 9 – Montréal, le 25 juin 2004
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++ Message aux fidèles : cet après-midi, je roulerai une pierre devant mon tombeau... pour vous réapparaître transfiguré en septembre! ++

Si les principaux théoriciens ont uni leur foi dans l'écriture Web, le spécialiste de l'information en ligne Jean-Marc Hardy n'y croira pas avant d'avoir « vu » ses spécificités.

L'apôtre Hardy a donc décortiqué l'écriture Web, de ses emprunts à l'imprimé à ses sources dans l'ergonomie. Il a ainsi donné au monde le premier évangile critique de l'écriture Web.

>> L'ANNONCE FAITE PAR ÉCRIT : Oui, je mendie!
>> ACTES DES APÔTRES : Jean-Marc Hardy et l'évangile critique de l'écriture Web
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>> L'ANNONCE FAITE PAR ÉCRIT : Oui, je mendie!

Chers apôtres,

Dans cette lettre, je dois enfreindre une loi divine que j'avais pourtant fait graver sur mon site : une infolettre dénuée de publicités. Récemment, un enfant est né à Bethléem, le mien. Pour financer la fuite de notre famille en banlieue, je dois me convertir en gueux à une période où je vis habituellement en prince...

Me voilà donc en haillons, dans la rue, à vous mendier du travail à la pige. Adossé à un mur, j'espère vous voir jeter dans mon étui de portable des offres de révision de textes ou d'adaptation de textes au Web...

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ACTES DES APÔTRES : Jean-Marc Hardy et l'évangile critique de l'écriture Web

Sur son site d'inspiration journalistique Redaction.be (1), Jean-Marc Hardy juge l'écriture Web comme une adaptation brutale de l'écriture des médias traditionnels. Il n'en célèbre pas moins ses spécificités reconnues : hypertexte, multimédia, interactivité, personnalisation et capacité à fournir un service. Voilà les pierres angulaires du temple!

Hardy conclut qu'un bon journaliste en ligne est moins un athlète du verbe qu'un informateur lucide et organisé. Sa théorie critique porte d'ailleurs sur l'« ingénierie » ou la convivialité du texte étudiée par les grands spécialistes, de Jakob Nielsen à des chercheurs de l'Université de Paris.

C'est pourquoi il nous propose d'organiser un article selon une logique de « dossier » sur le Web, qui admet de multiples éclairages et non un seul angle d'attaque. Selon lui, les journalistes et non des filtres automatisés devraient assurer cette personnalisation du contenu. Oui, seul le prêcheur du contenu connaît le cœur de ses fidèles...

Clair, court, concis
Dans une structure répondant aux différentes motivations des internautes/lecteurs, nous devrions privilégier des mots courts et concrets, les formes actives et positives, les phrases de 15 à 20 mots, une écriture objective et factuelle, etc. Notre page devrait idéalement compter de 500 à 4 000 caractères.

Cette sobriété répond aux études de Jakob Nielsen : l'écran ralentirait la lecture de 25 % et 79 % des internautes balayeraient les textes. Hardy salue ces grandes vérités qui ont inspiré la conversion du texte au Web...

Des « micro-textes » nous permettraient aussi de mieux guider l'internaute : introduction à la page d'accueil, explication du fonctionnement de la navigation, etc. La contextualisation de chaque page en contenu « autonome » ou modulaire faciliterait l'orientation de l'internaute.

Une étude de Jakob Nielsen sur la convivialité révèle que la concision, la mise en relief et l'écriture objective et factuelle permettent d'augmenter la convivialité d'un texte de 124 %. Globalement, nous devrions chercher à offrir un contenu facile à lire, facile à comprendre et facile à explorer. La sainte Trinité du texte, qui appelle tant de souffrances!

Mise en relief
Pour rendre notre contenu balayable, Hardy nous recommande de mettre en relief des mots clés par divers procédés : gras, couleur, italique, majuscules, légendes, listes, titres et intertitres, etc. Ces deux derniers seraient d'ailleurs cinq fois plus lus que le texte lui-même.

Le découpage de l'information par familles sémantiques assurerait la lisibilité de celle-ci et, par le fait même, sa balayabilité.

Hardy mentionne à propos les quatre manières de lire expliquées par Christian Bastien dans l'Ergonome (2) :

1. Lecture réceptive, comparable à l'écoute;
2. Lecture réflexive, à interruptions/réflexions;
3. Le parcours ou skim reading, pour une idée
    rapide et globale du contenu;
4. Le balayage, pour la localisation d'une
    information.

Hyperliens
Selon le spécialiste, les mêmes principes d'ergonomie doivent régir notre utilisation des hyperliens. Nous ne devrions en offrir plus de sept par « paquets », soit le nombre limite que le cerveau humain pourrait prélever d'un coup. Au-delà de ce nombre, nous pourrions diviser ces paquets en sous-groupes.

À moins de choisir le modèle portail, notre page d'accueil ne devrait afficher que 20 hyperliens au maximum (soit environ trois « paquets » de sept chacun). Pour éviter les digressions, ceux intégrés au contenu devrait se limiter à cinq et entretenir une relation étroite avec le contenu.

Images, multimédia
Évoquant la presse écrite, Hardy signale que les visuels ou les images ont cinq fois plus de chances d'être lus lorsqu'ils sont intégrés au contenu. Comme les internautes associeraient les images hors texte à de la publicité, leur œil aurait le réflexe de les ignorer. « Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi », avons-nous appris.

Le spécialiste nous recommande d'alléger leur poids par le rognage, mais aussi par l'utilisation d'un format optimal. Dans la même foulée, nous ne devrions intégrer au texte des éléments multimédias que s'ils en augmentent la compréhension du message.

Pyramide inversée
Si d'autres théoriciens considèrent la pyramide inversée comme un élément clé de leur théorie, il n'en est pas de même pour Hardy dont la théorie d'inspiration journalistique la rend implicite.

Le spécialiste nous rappelle l'importance de commencer notre texte par la conclusion, soit par un chapeau qui répond aux 5W journalistiques (Qui? Quoi? Quand? Où? Comment? Pourquoi?). Dans cette structure, l'internaute connaît l'essentiel du texte avant d'interrompre ou de poursuivre sa lecture.

Mais à l'inverse de l'imprimé, notre titre devra être beaucoup plus informatif qu'accrocheur. Aussi, Hardy nous recommande d'ajouter des ancres dans le cas d'un long texte. Oui, il faut prévoir le chemin de clics de notre prochain...

Courriel, lettre
Pour Hardy, le courriel doit reprendre les mêmes principes de concision et de convivialité propres à la page Web : sommaire, chapeau, titres et intertitres, ancres, éviter le jargon, etc.

Ces principes s'appliqueraient aussi à la lettre d'information, qui pose l'épineux problème du format : texte brut ou HTML. Le spécialiste nous invite à produire la lettre dans les deux formats et à offrir ces options à l'inscription.

Référencement
La théorie de Hardy souligne l'importance d'un titre de page court, explicite et dont le premier mot est le plus significatif. Cette précaution servirait l'internaute non seulement dans ses signets ou dans son historique de navigation, mais aussi dans ses résultats de recherche, qu'il glanerait dans les moteurs.

Ce titre fait partie des métabalises de référencement, dont le spécialiste fixe ainsi les paramètres d'efficacité :

<TITLE> : 100 caractères;
<Description> : 200;
<Keywords> : 1 000.

Défilement, impression
Même si nous avons avantage à inverser la structure du texte et à situer sa longueur de 500 à 4 000 mots, une étude révèle que 36 % des internautes font une lecture intégrale des longs textes sur le Web et que seulement 23 % les impriment ou les enregistrent.

Une autre étude nous apprend que les articles journalistiques sont lus à 75 % en ligne contre 20 % à 25 % à l'imprimé. Qui a dit que le Web débauchait les lecteurs?

Selon Hardy, les internautes ont appris à faire défiler le texte…

Culture technique
Le journaliste qui rédige en gardant à l'esprit le potentiel des technologies pourrait produire des informations plus efficaces. L'une des plus porteuses serait celle du XML. Cette dernière découpe l'information en bribes réorganisables de multiples façons pour l'internaute.

La connaissance du XML peut participer d'une façon de penser dynamique, comme c'est le cas pour l'actualisation automatique des archives. Une culture technique permet en fait d'exploiter le Web comme média à la fois d'information, d'action et de transaction (informer, acheter, vendre).

Du reste, Hardy a foi dans la polyvalence : un webmestre à la fois journaliste et technicien.

Style
Selon l'auteur de Redaction.be, le journaliste doit maîtriser les modes de lecture de l'information pour déterminer le style qu'il adoptera :

– Si l'internaute est en mode « consommation » (ou « lecture en profondeur »),
  
le journaliste pourra utiliser le style ironique ou très personnel;
– Si l'internaute est en mode « recherche », il aura avantage à fournir des
   microcontenus très informatifs et très explicites.

Animation
Hardy souligne plusieurs façons d'animer notre site : actualiser les informations, répondre aux courriels, modérer un forum ou une liste de discussion, illustrer l'interactivité du site par des témoignages de visiteurs, etc.

L'indication de la fréquence des mises à jour serait également source d'animation du site.

Conclusion
Si les théoriciens anglo-saxons d'écriture Web nous ont fourni des principes pour adapter notre écriture au Web, le théoricien francophone Jean-Marc Hardy nous offre une analyse de ses spécificités pour mieux la questionner, la comprendre et l'utiliser.

Ce numéro était le dernier d'une série de six sur les théories d'écriture Web. Dans le prochain, je tenterai de répondre aux questions qu'elles ont suscitées chez les participants à mes formations à l'écriture Web.

(1) Hardy, Jean-Marc. Redaction.be, Quentès, 2001-2003.
http://www.redaction.be/

(2) Bastien, Christian. Quelques recommandations pour la
rédaction de contenus Web
, L'Ergonome, 17 juillet 2002.
http://www.lergonome.org/pages/detail_articles.php?indice=14

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– Le corps du texte?
– Amen.


François Hubert

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