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Spécial théories d'écriture Web
Jakob Nielsen
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++ Le corps du texte ++
Lettre mensuelle sur l'écriture Web
No
4 Montréal, le 15 septembre 2003
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À
compter du présent mois, je vous propose une série
de numéros sur les principales théories d'écriture
Web, à commencer par celle de Jakob Nielsen.
Sans plus tarder,
je reprends mon bâton de pèlerin et me mets en route
vers les prophéties de Nielsen, auxquelles tant d'apôtres
donnèrent écho : Crawford Kilian, Jonathan Price,
Jean-Marc Hardy, Nick Usborne, Susannah Ross, Claude Couillard,
moi-même...
>> ACTES
DES APÔTRES : Jakob Nielsen, fondateur de l'écriture
Web
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ACTES DES APÔTRES :
Jakob Nielsen, fondateur de l'écriture Web
Dans sa bible
Designing Web Usability (1), l'ingénieur
américain Jakob Nielsen a gravé les grands principes
de l'écriture Web : concision, balayabilité et
morcellement des pages. Il
l'a fait grâce à ce buisson ardent de vérités :
- Les internautes
liraient 25 % plus lentement à l'écran que
sur papier;
- 79 %
d'entre eux balayeraient les textes au lieu de les lire mot à
mot;
- Bien avant
Jésus-Christ, seulement 10 % d'entre eux utilisaient
la
barre de défilement.
Nielsen conclut
que l'impatience et l'attitude orientée objectif des internautes
commandent du contenu qui répondra illico à leurs
questions.
Selon lui, l'écriture
Web s'inscrit dans la conception de contenu (Content Design)
et engage les trois principes ci-dessus (concision, etc.), auxquels
on pourrait ajouter ce quatrième : l'embauche d'un éditeur
ou d'un rédacteur en chef Web.
Concision
Les études de Nielsen et de son collègue Morkes ont
révélé que la lecture à l'écran
cathodique serait 25 % plus lente que sur papier. Nous devrions
par conséquent rédiger 50 % moins de texte que
sur papier, histoire non seulement d'accélérer
à l'internaute sa lecture, mais aussi d'améliorer
son confort visuel.
Cette difficulté
de lire à l'écran serait résorbée dans
les années à venir : des écrans de 300 p.p.p.,
déjà inventés mais encore inabordables, offriraient
une lisibilité aussi bonne que celle du papier.
Et puisque les
internautes n'aimeraient pas faire défiler du texte, nous
aurions avantage à faire des pages courtes.
Dans la même
foulée, Nielsen nous recommande de soumettre notre texte
au vérificateur d'orthographe, car les fautes sont source
d'embarras et peuvent ralentir l'internaute.
Balayabilité
Les études de Nielsen et Morkes ont révélé
que 79 % des internautes évalués balayaient les textes
et que, par conséquent, très peu d'entre eux les lisaient
mot à mot. De multiples autres études d'utilisabilité
attesteraient ce comportement.
Nielsen et Morkes
ont aussi appliqué trois procédés d'écriture
Web à un texte promotionnel pour en mesurer l'amélioration
en convivialité :
- Texte concis
(réduit de moitié) : 58 % plus convivial;
- Présentation
balayable (énumération verticale) : 47 % plus convivial;
- Propos objectif
(sans hyperboles) : 27 % plus convivial.
En combinant
les trois, le texte devenait 124 % plus convivial. De quoi fendre
la mer Rouge pour y faire passer notre message!
Puisque les
internautes balayeraient d'abord la partie centrale de la page,
occupée par le texte, nous gagnerions à privilégier
des titres significatifs ou à mettre des mots clés
en gras, en couleur ou en hyperlien.
Plusieurs faits
expliqueraient le rite du balayage, dont ceux-ci :
Sur
un écran où la lecture est plus difficile, les internautes
chercheraient
à réduire le nombre de mots à
lire;
Le Web est un média qui appelle la participation
constante de l'internaute
et où chaque page doit rivaliser avec
des centaines de millions d'autres;
Au quotidien, les internautes ne peuvent se permettre
de peiner à trouver
l'information.
Plusieurs procédés
permettraient de faciliter le balayage des pages :
Commencer chaque page par la conclusion;
Limiter chaque paragraphe à une seule idée
importante;
Privilégier une syntaxe simple tout en évitant
le style recherché,
les termes complexes, les métaphores, l'humour
inconsidéré, etc.
En un mot :
déployer une écriture qui répond aux mouvements
de l'il et à l'impatience de l'internaute. il
pour il, temps pour temps!
Morcellement
des pages
Nielsen nous propose de morceler notre contenu pour en faciliter
la consultation. Nous pouvons ainsi déplacer l'information
de référence ou spécialisée en des pages
secondaires pour éviter de l'imposer aux internautes avertis
ou impatients.
Dans le cas
d'un long article journalistique, Nielsen nous recommande de
le réécrire pour en faire saillir une idée
« autonome » dans la première page,
puis d'utiliser des hyperliens brièvement décrits
pour conduire l'internaute aux idées secondaires ou aux exemples
détaillés.
Sinon, Nielsen
nous suggère de disposer cet article sur une seule page :
des internautes préféreraient faire défiler
un long texte plutôt que d'attendre le téléchargement
de ses différentes parties...
Dans tous les
cas, nous devrions appliquer le principe de la pyramide inversée
à chacune de nos pages : après avoir lu le premier
paragraphe, qui contient la conclusion, les internautes pourraient
interrompre leur lecture en demeurant au fait de l'essentiel.
Attention aux
liens intrapages d'une FAQ, par exemple : selon Nielsen, comme les
internautes s'attendent à ce que les liens les conduisent
à d'autres pages, ils pourraient être désorientés
s'ils demeurent à la même après avoir cliqué
sur « Précédent ».
Bref, faire
des pages courtes et s'assurer que les liens les plus importants
soient visibles sur la plupart des moniteurs, sans défilement.
Tu ne provoqueras
pas de faux téléchargements...
Titre
Pour Nielsen, il est essentiel de pouvoir rédiger de bons
titres de pages, car l'internaute utilise ceux-ci comme références
dans les signets ou les historiques de navigation, les résultats
de recherche, etc.
Puisque les
longs titres ralentiraient les internautes, nous devrions nous limiter
à une longueur de deux à six mots, quoique le titre
d'une page d'accueil puisse en compter un seul.
Le titre, ce
microcontenu, devrait être un bijou de clarté de 40
à 60 caractères. Sa fonction : expliquer ce que
trouveront les internautes sur la page. Nielsen nous recommande
de l'optimiser pour le balayage et les éventuels classements
alphabétiques en plaçant son mot le plus significatif
au début.
Pour qu'un internaute
puisse comprendre un titre d'article hors contexte, Nielsen nous
presse de le réécrire en microcontenu, c'est-à-dire
en résumé hypercourt « autonome »
du macrocontenu associé.
Lisibilité
Selon Nielsen, les caractères noirs sur fond blanc offrent
la lisibilité maximale.
Le théoricien
recommande aussi :
d'éviter
ou de limiter au minimum les fonds texturés;
d'utiliser une taille de caractère assez grande,
les petites devant être
réservées au note de bas de
page et aux dénis de responsabilité;
de justifier tout texte à gauche afin que l'il
balayant puisse commencer
chaque phrase au même endroit;
de choisir une police sans serif comme le Verdana pour
les petits caractères;
d'éviter le texte tout en majuscules, qui ralentit
la lecture de 10 %.
Jakob Nielsen
applique la même logique de convivialité aux manuels,
à l'aide en ligne, aux images, aux clips audio/vidéo
et aux animations.
Nielsen souligne
l'importance de rendre accessible son contenu aux personnes souffrant
de déficiences.
Conclusion
Le prophète Jakob Nielsen nous a certes fait vivre l'exode
de l'écriture traditionnelle ou la longue marche vers l'écriture
promise. Mais sa théorie, rédigée en 1998-1999
et dans le contexte de l'utilisabilité, fait maintenant office
d'« ancien testament » de l'écriture
Web.
D'autres théoriciens,
comme le résidant canadien Crawford Kilian, ont développé
cette théorie en un véritable système de rédaction
professionnelle. Une sorte de « nouveau testament »
de l'écriture Web.
Dans le prochain
numéro, nous verrons comment la théorie de Kilian
crée une « alliance nouvelle et éternelle »
entre le contenu et le rédacteur Web...
(1)
Nielsen, Jakob. Designing
Web Usability - The Practice of Simplicity, New Riders, Indianapolis,
1999, 418 p.
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Le
corps du texte?
Amen.
François Hubert
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