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Cyberécriture journalistique
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++ Le corps du texte ++
Lettre mensuelle sur l'écriture Web
No
2 Montréal, le 20 juin 2003
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>>
ACTES DES APÔTRES : le livre « Comme on fait son lead,
on écrit » d'Antoine Char
>> EXÉGÈSE : Le titre de cybernouvelle, ce microcontenu
>> MYSTÈRES DES ÉCRITURES : Et pourquoi pas
un chapeau-sommaire?
>> MÉDITATIONS : Des cybernouvelles plus expressives?
ACTES DES APÔTRES
: le livre « Comme on fait son lead, on écrit »
d'Antoine Char
Presses de l'Université
du Québec
Sainte-Foy, 2002, 199 p. (1)
=> Rendons
grâce au rédacteur!
Son lead est juste et bon.
Oui, le lead
est juste et bon lorsqu'il dit tout sur-le-champ, proclame Char
:
« Un Airbus
320 a percuté un Boeing 747 en plein vol mardi matin au-dessus
de
Tombouctou, tuant sur le coup les 520 passagers et membres d'équipage
des deux
appareils » (p. 17).
Mais qu'est-ce
qu'un lead? « ...ce premier paragraphe magique qui fait qu'on
nous lit ou non jusqu'à la fin. » (Avant-propos.)
Char qualifie
le lead :
de
réponse aux 5W (who, what, when, where, why [how])*;
à la fois d'introduction, de développement
et de conclusion;
d'« hameçon psychologique ».
Dans son guide,
le professeur de communication étudie à fond le procédé,
de ses
origines à ses différents types. Il en illustre tous
les aspects par des
exemples et des exercices (avec corrigés).
Dès les
premières pages, le propos m'a accroché : j'ai
lu, j'ai parcouru, je me
suis même surpris à faire un exercice (je n'en fais
jamais d'ordinaire). Il
s'agissait de trouver un titre de quatre mots maximum à une
dépêche dont le
lead était :
« Un kangourou
a sauvé la vie d'un couple de retraités en Mongorie
en sortant
le mari et son épouse des flammes de leur maison, avant de
mourir lui-même dans
l'incendie avec son petit, a annoncé la police locale. »
(p. 31)
Char proposait
: « Le grand gourou ». J'ai écrit : « Digne
de Skippy ».
Par contre,
deux aspects du guide m'ont surpris ou déçu d'entrée
de jeu :
Dans
la plupart des cas, Char traite du lead sans le titre : les deux
m'apparaissent indissociables dans une nouvelle;
Le
professeur prône la concision, égratigne Proust au
passage, mais utilise
plusieurs phrases verbeuses dans ses exemples.
Je n'ai pu m'empêcher
de reformuler mentalement cette dépêche de Reuters
:
Avant
« Un chauffard manchot et ivre, qui a dévalé
les rues d'une ville, grillant un
feu rouge tout en parlant au téléphone, a écopé
d'une amende et d'une suspension
de 18 mois de son permis de conduire. » (p. 32)
Après
« Un chauffard manchot et ivre a écopé d'une
amende et d'une suspension de 18
mois de son permis de conduire. Il avait dévalé les
rues d'une ville, grillant
un feu rouge tout en parlant au téléphone. »
C'est là
un élan. Je pourrais avoir péché...
Cette «
contradiction » sur la concision n'affecte en rien la rigueur
et la
richesse des notions abordées. L'une des parties les plus
instructives du guide
est sans doute « Leads, leads, leads », qui illustre
successivement les
différents types de lead : lead à deux-points, à
virgules, à points de
suspension, à citation directe, dialogué, imagé,
etc. Plus d'une vingtaine en
tout.
Le professeur
nous mentionne à propos une ressource pour la maîtrise
de la
ponctuation : « Traité de la ponctuation française
», Paris, Gallimard, 1991
(2).
Mais sa mince
section sur la cybernouvelle ne saurait captiver le rédacteur
averti : Char y analyse une nouvelle parsemée d'hyperliens
alors qu'il est
d'usage de les placer à la fin.
Mais si j'avais
un seul lead à rédiger sur ce guide, ce serait celui-ci
:
Dans « Comme on fait son lead, on écrit », Antoine
Char approfondit un procédé
méconnu, galvaudé ou sous-exploité qu'est le
lead, et fournit au pratiquant des
ressources pour réviser ou réinventer le prochain
qu'il fera.
Béni
soit celui qui vient au nom du rédacteur.
* Qui, quoi,
où, quand, pourquoi (comment).
(1) Comme on fait son lead, on écrit
http://www.puq.uquebec.ca/puq/data/D-1155.html
(2)
Traité de la ponctuation française
http://www.gallimard.fr
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EXÉGÈSE
: Le titre de cybernouvelle, ce microcontenu
=> Au nom
du titre, du texte et de l'hyperlien...
Amen.
Sur le Web,
un titre de nouvelle peut être repris isolément de
plusieurs
façons :
Dans
les résultats de recherche d'un moteur interne ou externe;
Dans le carnet de signets de l'internaute;
Dans une liste de nouvelles sur un autre site;
Dans l'objet d'un courriel de type « Envoyer cet
article ».
Pour que le
titre orphelin demeure compréhensible, le spécialiste
de
l'utilisabilité Jakob Nielsen nous propose d'en faire un
« microcontenu » (3) :
« Microcontent
should be an ultra-short abstract of its associated
macrocontent. » (Un microcosme du macrocosme.)
Sur le site
ZDNet.com (4), le titre de nouvelle « Handspring
dévoile son
dernier Treo » devrait donc être réécrit,
pour un courriel de type « Envoyer cet article »,
« Treo 600 de Handspring: nouvel assistant personnel
». À l'inverse de l'original, le titre réécrit
nous apprend ce qu'est le Treo : un assistant personnel. Le
destinataire du message, qui n'a pas accès au contexte, pourra
saisir illico le sujet de la nouvelle.
Puisque l'internaute
lit de gauche à droite, ce titre devrait toujours présenter,
selon Nielsen, la
partie spécifique avant la générique :
Spécifique
: Treo 600 de Handspring.
Générique : nouvel assistant personnel.
La présentation
de la partie la plus distinctive en premier facilite à
l'internaute l'identification et le repérage de la nouvelle
dans ses signets,
ses courriels et les listes de nouvelles sur d'autres sites (ordre
alphabétique).
(3) Nielsen, Jakob. « Microcontent: How to
Write Headlines, Page Titles, and
Subject Lines », septembre 1998
http://www.useit.com/alertbox/980906.html
(4)
Guillemin, Christophe et Damien Prat. « Handspring dévoile
son dernier
Treo », 18 juin 2003
http://news.zdnet.fr/story/0,,t118-s2136241,00.html
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MYSTÈRES
DES ÉCRITURES : Et pourquoi pas un chapeau-sommaire?
=> Passer
et repasser le chapeau
Récemment,
je remarquais sur CNN.com (5) un chapeau d'article
qui me paraissait
massif ou rébarbatif. Il était condensé sur
une colonne, ce qui expliquait sans
doute son aspect rebutant.
Je discutai
de ce chapeau avec mon collègue Jonathan Price, qui conclut
comme
moi qu'il était impossible à balayer. Au fond, avons-nous
besoin d'une
convention de style pour le chapeau? Ne lisons-nous pas à
tous coups le premier
paragraphe d'un article, qu'il soit en gras ou non?
Pourquoi ne
pas en faire plutôt un chapeau-sommaire pour un accès
rapide aux
paragraphes clés? Oui, hyperrelier des mots clés du
chapeau aux intertitres du
corps de l'article... Dès le premier paragraphe, l'internaute
n'aurait qu'à
cliquer sur les mots clés qui l'intéressent pour accéder
directement aux
paragraphes correspondants.
Je vous ai façonné
un chapeau-sommaire (6) à partir d'une dépêche
de mon
collègue Pascal Lapointe, de l'Agence Science-Presse.
* Paragraphe
en gras placé entre le titre et le corps d'un article. Il
résume
l'essentiel, situe le sujet et vise à inciter à la
lecture.
(5) « British call for N. Korea blockade »,
CNN.com, 18 juin 2003
http://www.cnn.com/2003/WORLD/asiapcf/east/06/18/nkorea/index.html
(6)
« La science des inspections en Irak », Agence Science-Presse
(avant-après)
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MÉDITATION
: Des cybernouvelles plus expressives?
=> Rédacteur,
j'entends ta voix!
L'écriture
des cybernouvelles semble accuser un retard de cinq ans sur
l'écriture Web courante.
Si Nick Usborne
(7) nous a démontré que des textes
« autogratifiants » et
ennuyeux pouvaient être rendus plus expressifs, pourquoi ne
pourrions-nous pas
en faire autant avec les cybernouvelles?
Une nouvelle
à laquelle nous aurions donné notre « voix »,
où nous révélerions
un peu de notre personnalité... Selon Usborne, Internet est
fondé sur l'esprit
des communautés virtuelles, où chaque participant
a sa voix, son vocabulaire,
ses opinions.
Le théoricien
propose divers procédés d'humanisation ou d'accroissement
de
l'expressivité :
Le
menu humanisé dans l'en-tête du texte (Qui êtes-vous?);
Le vocabulaire plus imagé ou inusité;
Le propos expressif portant sur nous-mêmes (passions,
rêves, ambitions).
J'ai testé
ces trois procédés sur une nouvelle fictive, et j'ai
retenu celui du
vocabulaire imagé :
Avant
Les citoyens de Gatineau se plaignent des pratiques de déneigement
de la Ville
Après
Les citoyens de Gatineau râlent contre les pratiques de déneigement
de la Ville
Si le verbe
« se plaignent » est convenu, monotone, « râlent
» est au contraire
inusité, imagé. En lisant le deuxième titre,
nous avons l'impression d'entendre
une voix.
J'égrènerai
plus longuement ce sujet une autre fois. Une vraie voix m'appelle...
(7) Usborne, Nick. « Net Words », McGraw-Hill,
2002, É.-U., 256 p.
http://www.nickusborne.com
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Le
corps du texte?
Amen.
François Hubert
Suggestions,
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fhubert@cortexte.com
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