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Se relire d'un œil hagard

par François Hubert

Le 22 avril 1996

COURRIER DU VISITEUR

Des nouvelles du Pentagone.


LA CHRONIQUE

Lire et réviser
La plupart du temps, nous lisons en suivant un principe d'économie d'attention. Nous le faisons donc en devinant l'orthographe des mots. « Deviner » signifie ne lire qu'une partie du mot en imaginant le reste.

Mais lorsque nous désirons réviser notre texte, nous devons briser chaque fois cette habitude et nous appliquer à lire toutes les lettres.

Exemple :

Je devine « impossibilité », mais je révise « impossiblité ».

Hop!

Douter de tout
Le rédacteur doit s'efforcer non seulement de lire de cette façon, mais aussi de douter de la provenance des mots utilisés. Bon nombre de ces derniers peuvent en effet être empruntés à l'anglais ou relever de l'usage impropre.

Trêve militaire
Cette semaine, pour donner suite à une suggestion de l'internaute Marthe Gaudette, je ferai appel à l'une de mes métaphores fantastiques.

Pour réviser son texte avec succès, le rédacteur doit connaître sa pleine lune d'attention et bondir sur le moindre mot suspect. Et comme le loup n'attaque jamais seul, il se fait toujours relire par un ami ou un collègue...

Hurler sur la falaise
Pour venir à bout d'une nuit d'écriture, le rédacteur ne révise pas son texte à l'écran d'ordinateur, mais le fait imprimer pour le relire sur papier. L'écran cathodique fatigue les yeux et ne permet pas d'apprécier le texte dans son ensemble. Non, le loup ne peut voir l'étendue de sa forêt que du haut de sa falaise.

Souvent, sur papier, on remarque des paragraphes trop longs, à subdiviser en deux ou en trois plus petits. De plus, l'effet noir sur blanc nous permet de remarquer des fautes à faire hurler...

Le rédacteur
Nous en parlons depuis tout à l'heure, mais qui est-il au juste ce drôle d'animal? Et puis en quoi consiste sa transformation? Eh bien, disons en substance qu'il montre tout à coup un poil touffu de connaissances et un œil effarouché par la langue de bois!

Oui, la langue des bois ou la langue parlée, de laquelle on s'inspire souvent pour écrire.

Deux lectures
Un rédacteur ainsi transformé devra faire le tour au moins deux fois de sa forêt de mots, la première pour bondir sur les proies faciles — coquilles, fautes flagrantes, anglicismes —, la deuxième, pour dévorer les phrases calquées de l'anglais ou inutiles, ou déchiqueter les trop longues.

Les titres aussi
S'en méfier, en baver d'attention, au lieu de les tenir pour parfaits après la première lecture. Non, les titres sont comme les arbres de la forêt qui, parce que plus grands que les autres, risquent de fléchir les premiers.

— Ah, tu as fait une faute dans ton titre : « comission » avec un m au lieu de deux.

Les poils de mes mains commencent alors à pousser... mais à quoi bon, il est trop tard! Il fallait redoubler d'attention dans sa forêt de mots et non dans sa ville de paroles.

Je dois me défouler. Vite, sur ma falaise : ahou!

Écoutez votre princesse
Lors de sa pleine lune d'attention, le rédacteur ne doit pas sombrer dans la surcorrection. Si vous retournez à votre phrase de départ après l'avoir réécrite plusieurs fois, c'est que vous surcorrigez.

Votre rage d'attention en est maintenant une de perfection et seule la princesse d'indulgence peut alors vous délivrer. Combien de fois aurais-je bondi sur des mots inoffensifs si elle ne m'avait alors parlé?

En l'entendant me dire que la nuit est fort avancée et que l'on trouve des phrases imparfaites chez les meilleurs écrivains, je défronce les sourcils...

Je baisse alors les oreilles, puis descends de ma falaise.

— Ça finit comme ça?

Oui, la nuit est déjà fort avancée et... enfin, vous connaissez la légende.


Sources : lexiques ci-dessous, Le Nouveau Petit Robert, Le Multidictionnaire des difficultés de la langue française et, comme chaque semaine, le gros bon sens.

Le loup-garou d'écriture
Le 6 mai 1996
« Monstrueuse » philosophie de relecture fondée sur le doute. Correction de quelques constructions fautives inspirées de l'oral.

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