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Pourquoi « dans Internet »

par François Hubert

Le 1er avril 1996

Danny J. Sohier
Alors, ce M. Sohier, qu'est-ce qu'il nous veut? Disons simplement que c'est en partie grâce à cet analyste en télécommunications, auteur du Guide d'exploration de l'internaute, si j'ai commencé à promouvoir l'usage de l'expression « dans Internet ». L'OLF trouvait souhaitable que l'on utilisât « dans » plutôt que « sur », le réseau Internet en étant un que l'on pénètre.

Mais j'avais besoin d'un allié, de l'exemple d'un collègue pour oser bombarder l'expression « sur Internet ».

En feuilletant le livre de M. Sohier et en y remarquant sa date de publication, j'ai compris que cet auteur avait commencé à utiliser l'expression « dans Internet » bien avant la sortie du Vocabulaire d'Internet de l'OLF. Il avait donc reconnu très tôt le gros bon sens de l'expression.

Oui, je l'admets, j'avais besoin de cet exemple. Comme vous, je trouvais que « naviguer dans » sonnait drôle...

Je m'amusai ensuite à justifier aussi cette expression avec un référent visuel : Internet comme vaste pipeline de communication à moitié rempli d'eau, à l'intérieur duquel on peut naviguer (mais comme il se casse la tête, ce M. Hubert!).

Je crois que nous possédons maintenant les munitions de base pour passer à l'action. Selon mon éternelle métaphore militaire, nous voilà repartis en mission, cette fois-ci pour un raid sur l'expression « sur Internet »!

Pour faire sauter le « sur »
Internet, un réseau que l'on pénètre, qu'entend-on par là? Pour répondre à cette question, partons d'un réseau que l'on ne peut pénétrer et pour lequel l'expression avec « sur » se justifie : on dit « diffuser un message sur l'ensemble du réseau » dans le cas d'un réseau radiophonique ou télévisuel par exemple, « sur » et non « dans ».

C'est que nous ne pouvons nous brancher à ce réseau, y pénétrer et s'y promener avec un « véhicule » comme Netscape. Ce réseau ne fait que relier des stations satellites à une station mère, notamment pour la retransmission d'émissions.

Donc, de notre DC-3, euh, de notre DC-W3 (deux hélices aussi, mais beaucoup plus gros), larguons une bombe de l'OLF sur la cible sûre, euh, « sur »! Pendant que le fuselage de l'avion tremble encore sous la détonation, nous tournons les ailes presque à la verticale, oui, nous retournons déjà à la base...

La mission, c'est déjà fini? Non, pendant que nous regardons la fumée de l'explosion monter au-dessus des palmiers, j'aimerais vous dire ceci : l'expression avec « sur » garde une certaine légitimité à cause de son usage très répandu et persistant.

Les journalistes
Souvent, après la publication d'un lexique rempli de gros bons sens comme celui de l'OLF, bon nombre de journalistes ou de chroniqueurs continuent de reprendre bêtement des expressions consacrées par l'usage populaire, au lieu d'assumer leur part de responsabilité dans la promotion du bon usage. Alors, ce n'est pas parce qu'un journaliste utilise à la télévision ou dans un article de magazine l'expression anglaise World Wide Web que celle-ci est légitime en français. Partout, même en France, où l'on se montre friand de mots anglais, l'usage du terme français « W3 » est déjà fort répandu.

La même chose pour « dans Internet » au lieu de « sur Internet ». Au nom d'une simple question de goût ou de paresse intellectuelle, des journalistes ou des rédacteurs écarteraient la première, justifiée, au profit de la deuxième, non justifiée?

Je souhaiterais que ceux-ci prennent au moins le temps de m'écrire des contre-explications. Mais de véritables contre-explications, avec lexiques ou raisonnements de linguistes à l'appui. Ainsi, nous pourrions débattre ici, à l'occasion, la légitimité de certaines expressions ou de certains termes d'Internet consacrés par l'usage populaire.

C'est bien beau d'être en désaccord, mais encore faut-il dire pourquoi!

Tiens, nous venons de toucher la piste d'atterrissage, arrêtez les moteurs!

Sources : lexiques ci-dessous; Marcel Bergeron, terminologue, OLF; le gros bon sens.

Un champ textuel miné
Le 3 juin 1996
Étude de plusieurs fautes perpétuées par l'usage comme
« dû à », « ci-bas » et « éligibles ».

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