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Faux et langage de faux
par
François Hubert
Le
30 septembre 1996
Après l'arrestation, la semaine dernière, de témoins
lexiculaires de l'usage d'Internet, je procède
cette semaine à leur interrogatoire terminologique. Rappel
du chef d'accusation : faux et usage de faux verbes pronominaux
(se connecter
[IBM, voir « BUS MOUSE »] et « se déconnecter »).
NetGlos
Alors que je m'approche des suspects avec un Grand Robert,
à défaut d'un bottin, l'un d'eux se décide à
parler :
Si les dictionnaires de la langue française
finissent par cautionner l'usage pronominal et transitif, ce
sera parce qu'on aura constaté que cet usage
est répandu parmi tous les utilisateurs d'une langue
de spécialité, s'écrie Robert
Cormier.
Entorse
Après avoir consulté plusieurs dictionnaires des
réseaux ou bibles d'introduction à Internet, je
conclus qu'il y a absence de consensus quant à la nature
du verbe connecter
(« [se] connecter »).
Connect
to the Internet = « connectez-vous à Internet »...
L'univers américain d'Internet, par son indéniable pouvoir
d'attraction, nous amène-t-il à trafiquer nos termes
français? En somme, craignons-nous de ne pouvoir implanter
un néologisme trop distinct de son équivalent anglais?
L'Office
de la langue... française?
Dans le Vocabulaire d'Internet, on recommande timidement les
formes plus françaises (« Il serait préférable
de dire... »), et on explique les néologismes sans
conviction : « ...les auteurs ont choisi d'adopter
une perspective d'observation critique plutôt qu'une optique
normalisatrice » (p. 9). Une telle optique n'est pas
incompatible avec un peu d'engagement...
Même tendance du côté de l'Académie française,
qui a cru franciser le sigle américain CD-ROM
à l'aide d'une transcription phonétique
(cédérom). Mais il existe une
échappatoire à cette souricière anglophile...
« Accéder
à »
Dans le Guide de l'internaute 1996 de Danny J. Sohier,
on peut lire : « ...ceux qui désirent
accéder à Internet... » (p. 31);
et dans l'édition originale d'Internet au bout des doigts
de Nicole Goyer, Jean Lalonde et André Laurendeau :
« Un logiciel d'accès au réseau... »
(p. 32) D'ailleurs, le verbe « accéder »
s'accorde parfaitement avec l'expression « fournisseur
d'accès » (et non « de connexion »).
« J'accède
au réseau Internet » au lieu de « Je
m'y connecte »? Moins fort et englobant, je dirais,
que « je m'y branche ». Je relâche
donc les témoins de l'usage d'Internet, mais je garde
à l'il la pègre terminologique américaine...
Rapport
Si nous devons absolument infliger des entorses à notre langue,
pourquoi ne pas le faire en français? Ainsi, je propose [se]
brancher, un verbe transitif, en remplacement de « [se]
connecter ».
Sources :
- Robert
Cormier, traducteur;
- Vocabulaire
d'Internet, Marcel Bergeron et Corinne Kempa, Office de la
langue française, Gouvernement du Québec, Montréal,
1995.
- VOCABULAIRE
DE L'INTERNAUTE, Lillian Arsenault, services linguistiques, IBM
Canada Ltée;
- Dictionnaire
des techniques et technologies modernes, français-anglais,
J. R. Forbes, Techniques et Documentation - Lavoisier,
Paris, 1993;
- Dictionnaire
des télécommunications anglais-français,
Johanne de Luca, Masson, Paris-Milan-Barcelone, 1995 (2e tirage,
1988);
- Dictionnaire
d'électronique, de matériel informatique et d'électricité
anglais-français, Jean-Guy Grenier, Les Éditions
du FLAMBEAU, Laval, 1996 (1977);
- Dictionnaire
technique général anglais-français, J.-Gérard
Belle-Isle, Beauchemin et Bordas, Paris, 1994 (réimpression,
1976);
- Internet
au bout des doigts - édition 1997, Nicole Goyer,
Jean Lalonde et André Laurendeau, Trécarré,
Saint-Laurent, 1996;
- Guide
de l'internaute 1996, Danny J. Sohier, Les Éditions
Logiques, Montréal, 1996;
- Le
Multidictionnaire des difficultés de la langue française,
Marie-Éva de Villers, Québec/Amérique, Montréal,
1995;
- Le
Robert - Dictionnaire historique de la langue française,
Alain Rey, Dictionnaires Le Robert, Paris, 1994;
- Le
Nouveau Petit Robert, Paul Robert, DicoRobert, Paris, 1995.
Pourquoi
« dans Internet » 
Le 1er avril 1996
Explications de notre préférence pour la construction
avec « dans » plutôt qu'avec « sur ».
L'exemple précurseur de Danny Sohier.
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